L’église : les travaux se poursuivent

Maintenant que les premiers résidants des Habitations Sainte-Germaine-Cousin sont arrivés, vous vous demandez sans doute ce qu’il advient de l’église. Après tout, elle occupe une place centrale sur le site et elle est la raison même du projet! Les travaux de restauration de l’église ont commencé en janvier 2015. Cependant, ils ont été légèrement ralentis en raison de certains défis rencontrés pour préserver les caractéristiques patrimoniales du bâtiment.

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Tout d’abord, il a été nécessaire d’innover afin de trouver un nouvel isolant qui peut remplacer efficacement l’amiante. Le choix s’est finalement arrêté sur le produit AD Fire, un produit qui est à la fois isolant, incombustible et d’une apparence similaire à l’amiante. Une fois haché finement, le produit est installé de manière à réduire les aspérités et les inégalités et il est peinturé en blanc. Ce procédé a été spécialement mis au point pour l’église et plusieurs tests ont dû être effectués afin d’obtenir un résultat final satisfaisant. Toutefois, le jeu en valait la chandelle, car l’intérieur du bâtiment a retrouvé son apparence d’origine.

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Plusieurs regretteront sans doute les zébrures sur le plafond, qui ont été recouvertes par le nouvel isolant. Les marques de colles donnaient une apparence unique à l’église et témoignaient de l’évolution du bâtiment. Malheureusement, il était nécessaire de les recouvrir pour isoler le bâtiment. Autrement, les performances énergétiques du bâtiment auraient été trop faibles et les frais de chauffage auraient atteint des sommets astronomiques lors de nos hivers rigoureux. En plus, sans isolant, il y aurait eu de la condensation sur les plafonds, ce qui aurait pu entraîner de la moisissure.

Une autre modification majeure au projet initial a été l’abandon des planchers techniques. Rappelons qu’un plancher technique devait être installé pour que les éléments mécaniques (électricité, plomberie, aération, câblage) soient cachés sous celui-ci. De cette manière, il n’est pas nécessaire de construire de plafonds et de compromettre ainsi les qualités architecturales d’origines du bâtiment. Pour des raisons budgétaires, il a plutôt été décidé de construire une dalle sur sol et d’enfouir les éléments mécaniques dans des tranchées. Évidemment, un plancher technique a l’avantage d’être beaucoup plus évolutif, car il est possible d’accéder aux éléments mécaniques en tout temps. Il s’agissait toutefois d’une concession raisonnable, car le CPE devrait occuper l’église pour de nombreuses années encore.

Aussi, les travaux de l’église Sainte-Germaine-Cousin vont bon train, malgré quelques retards. Maintenant que les fenêtres sont posées, que l’isolant est installé et que le plancher est terminé, les ouvriers s’affairent à ériger les cloisons intérieures… mais ce sera le sujet d’un autre article.

Petit retour en arrière : le désamiantage de l’église

L’amiante : un produit très présent au Québec

Lors de la construction de l’église en 1960, l’amiante connaissait son heure de gloire. À l’époque, elle était perçue comme un matériau pratiquement « parfait » en raison de ses propriétés exceptionnelles, dont sa résistance à la chaleur et au feu, son inertie chimique, sa résistance mécanique et son imputrescibilité (non pourrissable). De plus, l’amiante peut servir de liant dans le béton, le crépi ou les joints de gypse et elle accélère le séchage des composantes. Ainsi, cette roche fibreuse peut avoir été utilisée dans le plâtre, le mortier de briques, les panneaux de revêtement, le toit, la fondation, les revêtements calorifuges, etc.

Asbestos_with_muscovite

Aram Dulyan : http://goo.gl/072cag

Dans les années 1920-1930, en raison des coûts élevés de la ressource, l’amiante était utilisé pratiquement que dans les maisons bourgeoises. Pour cette raison, on en retrouve peu dans les « plex » ouvriers de Montréal, mais beaucoup dans les demeures luxueuses d’Outremont. Graduellement, jusqu’aux années 1960, les coûts de l’amiante diminuent et son utilisation se repend à pratiquement tous les bâtiments.

Au fil du temps, de plus en plus d’études ont démontré que l’amiante représente un danger pour la santé et qu’elle peut être associée à grand nombre de maladies pulmonaires. Plusieurs pays emboîtent le pas dans les années 1990 et proscrivent l’emploi de l’amiante. Depuis 1990, le règlement sur la santé et la sécurité du travail du Québec interdit, sauf dans des situations exceptionnelles, l’utilisation de l’amosite dans le milieu de la construction.

Présence d’amiante dans l’église Saint-Germaine-Cousin : un choix s’impose

En 2005, l’église Sainte-Germaine-Cousin doit fermer en raison de l’identification de la présence d’amiante. Comme l’indique l’étude d’intérêt patrimoniale, le Limpet, un isolant d’amiante-ciment projeté, a été appliqué « sur toutes les surfaces de béton intérieur, y compris le plafond du corridor vitré menant au presbytère. Cet enduit fut probablement appliqué pour des fins de résistance thermique ou acoustique puisque le béton coulé brut possède une faible résistance thermique et une infime absorption phonique ».

Deux options étaient alors envisageables pour l’avenir du site :

Désamianter et démolir l’église

Transformer l’église

Désamiantage et démolition : 300 000 $
Désamianter l’église : 400 000 $
Rénovation de l’église : 1 000 000 $ (sans aménagement)
L’amiante doit obligatoirement aller dans un site d’enfouissement particulier. Il est donc nécessaire de désamianter le bâtiment avant de procéder à sa démolition. Ainsi, il est possible d’envoyer le béton et les autres débris dans un site d’enfouissement régulier.
Le redéveloppement du site est beaucoup plus simple, car le terrain devient vacant et peut être facilement transformé. Cependant,
un immeuble d’intérêt architectural est démoli.
Le montage du projet devient particulièrement complexe, car il est affecté par une sorte d’« hypothèque patrimoniale ».
 Les enveloppes dédiées au développement de projet de logement social et communautaire ne servent pas à éponger les surcoûts associés à la protection du patrimoine bâti.

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Le retrait de l’amiante

En 2005, la Fabrique de la paroisse dépose un projet de démolition afin de procéder à la mise en vente du terrain. Déjà un projet de logement social et communautaire était en cours de développement. Cependant, le Conseil du patrimoine de Montréal s’est opposé à la démolition de l’église. À partir de ce moment, les partenaires du projet ont été forcés de composer avec le désamiantage et la transformation de l’église ainsi que les coûts substantiels associés à ces opérations.

En désamiantage, il y a trois niveaux de risque lié à la contamination d’un bâtiment

  • Risque léger : 1 pied cube de produits contenant de l’amiante
  • Risque modéré : 1 à 10 pieds cubes de produits contenant de l’amiante
  • Risque élevé : 10 pieds cubes et plus de produits contenant de l’amiante.

Les travaux à réaliser pour la transformation de l’église Sainte-Germaine-Cousin étaient bien évidemment évalués à un risque élevé. Des mesures de protection du milieu de travail sont associées à chacun de ces niveaux de contamination. Pour un niveau de risque élevé, il est notamment nécessaire de cloisonner l’espace, d’assurer la ventilation du chantier, d’installer des douches et des casiers. En plus, les ouvriers doivent porter des masques ainsi que des habits spéciaux.
Pour retirer l’amiante, les ouvriers ont dû gratter manuellement les surfaces contaminées et utiliser des jets d’eau. À la fin des travaux, les tests d’airs ont conclu que le désamiantage avait été un succès.

Aujourd’hui, les traces laissées par le désamiantage de l’église Sainte-Germaine-Cousin sont encore très visibles. Par exemple, lors de la construction de l’église, l’amiante avait été taloché sur la surface des plafonds et collé avec de l’asphalte. En retirant l’amiante, les traces de colles ont fait apparaître des zébrures noires sur le plafond de béton. Au cours des travaux, on a également découvert que les fenêtres étaient contaminées à l’amiante et qu’il était nécessaire de les retirer. Ceci explique pourquoi les grandes ouvertures de l’église sont aujourd’hui béantes.

Vous pouvez d’ailleurs observer vous-même l’état de l’église suite aux travaux de désamiantage en cliquant ICI!

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Le désamiantage de l’église Sainte-Germaine-Cousin a donc représenté un défi considérable, car les coûts associés à la préservation du bâtiment ont complexifié le financement du projet. Toutefois, le succès de l’opération a permis de protéger un bâtiment exceptionnel de grande valeur patrimoniale.